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Sur un poncif pseudo-léniniste 
Julien Machillot, 7 mars 2026

Ardentes Patiences propose à nouveau à la lecture un chapitre de Misère du populisme, Éclipse des peuples, achevé au cours de l’été 2023, qui concentrent une proposition concernant l’abord de la notion de peuple pour une politique d’émancipation égalitaire contemporaine. Le lecteur trouvera quelques autres chapitres du livre dans les bonnes feuilles publiées par Ardentes Patiences à la rubrique « Bibliographie » de son site internet.

 

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    S’autorisant du célèbre argument « anti-gauchiste » de Lénine, beaucoup répètent encore aujourd’hui comme des perroquets bavards son commandement « réaliste » de participation des partis communistes au jeu parlementaire à des fins de pure propagande, comme d’un moyen parmi d’autres de « préparer la révolution ». Il faut tout de même une sacrée dose d’ignorance et d’absence de jugeotte pour se réclamer d’un tel poncif ! Il convient donc d’examiner ça un peu en détail. Lénine était convaincu à juste titre que l’URSS ne pourrait aller très loin dans la voie du communisme si la révolution russe de 1917 n’était pas bientôt suivie par une série de révolutions en Europe. À l’occasion de la révolution spartakiste en Allemagne qu’il s’agissait de soutenir au moment où elle était déjà largement en voie d’écrasement, il entreprit la création de la troisième internationale devant réunir les nouveaux partis communistes séparés des anciens partis-sociaux-démocrates compromis de façon honteuse et criminelle dans la guerre mondiale, et dans ce cadre employa toute son énergie à soutenir la nécessité d’utiliser l’ensemble des moyens tactiques disponibles pour faire de l’agitation et accélérer les échéances révolutionnaires. Son mot d’ordre de participation des partis communistes au parlementarisme relevait donc d’une disposition tactique ne prenant son sens que de l’intérieur d’une stratégie révolutionnaire générale absolument active, à l’aune de laquelle la rupture révolutionnaire était politiquement à l’ordre du jour dans la conjoncture présente, celle du début des années 1920 ouverte par la fin de la grande guerre – la révolution spartakiste une fois victorieuse devant entraîner des révolutions en Italie, en France, etc. Or la révolution spartakiste a été écrasée et l’échéance révolutionnaire européenne d’où le commandement tactique léniniste tirait son sens a très rapidement reculé. La social-démocratie allemande et la classe moyenne, en se désolidarisant des communistes, en se ralliant à la bourgeoisie et en participant à l’écrasement des spartakistes, a ainsi ouvert tout grand la porte à la montée du nazisme. Le crétinisme parlementaire social-démocrate, en ce sens, s’est directement rendu responsable de l’enfoncement inexorable de l’Europe dans le crime fasciste ainsi que du grand isolement d’une URSS dès lors vouée au crétinisme bureaucratique. On sous-estime grandement, à mon sens, l’ampleur du désastre historique qu’a représenté l’écrasement des spartakistes.

    À partir de là, tout le point est le suivant : de tous les partis communistes qui ont suivi la voie du commandement de Lénine de participation à l’espace parlementaire des Etats, il n’y en a absolument aucun qui ait été acteur de la révolution de son pays. Le système tactique avancé par Lénine au début des années 1920 s’est avéré un échec de bout en bout et ceci parce qu’il était entièrement suspendu à l’exigence de victoire de la révolution allemande. En vérité, les partis communistes sont devenus avec le temps de purs et simples partis parlementaires et rien d’autre. La parlementarisation des partis communistes a systématiquement eu pour corollaire l’absence de débouché politique révolutionnaire pour le pays. Il serait donc tout de même grand temps de faire le bilan de ce point et d’en tirer quelques conséquences !

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